SALE HUPPE…SALOPE !

Qui aurait prédit qu’un innocent oiseau de 29 cm de longueur et de 45 cm d’envergure serait à l’origine d’un des mots les plus crus de notre belle langue française ?

 

 “Être sale comme une huppe”…

   La huppe (famille des Upupidae), appelée aussi « pue-pue » dans certaines régions, passe pour être un oiseau des plus sales. En effet, elle a coutume d’enduire son nid d’excréments d’animaux tels que le cheval, la vache ou le renard. Insectivore, c’est dans les fientes qu’elle recherche de préférence sa nourriture. De telles pratiques lui ont valu une place de choix dans la symbolique de la saleté, à tel point qu’elle sert de comparant dans l’expression « être sale comme une huppe ».

…et la salope est née.

   La première trace écrite du mot « salope » figure dans un poème du dieppois Charles Timoléon de Sigogne, Le pourpoint (in Œuvres Satiriques, 1607) :

« Or laissons paîstre ceste trouppe [de poux]

 Garnison du pauvre salouppe,

En ce vieux haillon de pourpoint »

   En l’occurrence, le substantif « salouppe » serait un mot construit par composition : adjectif « sale » + « hoppe » (forme lorraine de « huppe »). À l’origine le terme renvoyait donc à l’idée de saleté, de malpropreté, sans contenir la moindre nuance morale, de la même manière que l’adjectif « salaude », apparu au XIIIe siècle, servait à caractériser une personne malpropre.

Salope : un nom d’oiseau.

   Pourquoi donc est-il devenu si injurieux de traiter quelqu’un de « salope », de « salopard » ou de « salaud » (qui se disait anciennement « salop ») ? Est-il donc si humiliant d’être comparé à un oiseau qui, tout bien considéré, n’est pas si mal fait de sa personne ? Il y aurait beaucoup à dire sur cette matière. Peut-être qu’en ces temps de confort, d’hygiène et de propreté, il est plus désagréable de se voir traiter de « nid à merde », de « malpropre » et de « dégoûtant » que de « sans cœur » et de « sans scrupule ». Après tout, n’est-il pas plus aisé de trouver des arrangements avec sa conscience qu’avec son corps ? À méditer…


ELOGE DE LA TRICHERIE (PAR UN PROFESSEUR AGREGE)

   Affaire classique : au cours d’un contrôle de latin, je surpris deux de mes élèves, assis au premier rang, en train de tricher à l’antisèche. « Surpris » est un bien grand mot, car j’avais vu venir la chose de loin. Au moment même où j’autorisai les élèves à se servir de feuilles de brouillon, je vis se dessiner sur le visage d’un des deux compères un sourire de satisfaction. Je le regardai poser sur sa table une feuille froissée. Au bout de cinq minutes, je remarquai que son compère de gauche, guettant la moindre de mes réactions, me fixait avec un intérêt un peu trop marqué. Je décidai de prendre un air détaché et me mis à contempler le plafond. Rassuré par mon attitude, enhardi, il avança une main tremblante vers la feuille, et…et ce fut tout.

   Pris la main dans le sac, les deux complices firent naturellement mine de ne pas comprendre. Vérification faite, le brouillon contenait bel et bien les solutions du contrôle. J’étais contrarié, presque en colère. Néanmoins, cette colère tenait-elle au fait que j’avais été en passe d’être grugé et pris pour un crétin ? Certes oui, mais cela n’était pas l’essentiel : j’étais avant tout révolté par le manque d’habileté des deux imposteurs. Tricher d’une manière si grossière sous le nez du professeur, cela n’était pas acceptable. Je le leur dis: «Tout ça est grotesque !  C’est du suicide. Au moins quand vous trichez, faites le bien.  »

   Qu’est-ce qui avait poussé ces deux élèves à un acte aussi téméraire ? Il leur aurait suffi d’apprendre par cœur quelques petits éléments de cours pour tirer leur épingle du jeu. Mais non, ils avaient préféré tricher. Pourquoi ?

   Juste après le cours, je parcourus le Web à la recherche de renseignements sur la tricherie estudiantine et je découvris qu’il s’agissait d’un art en soi (http://www.web-tricheur.net/fr/index.php). Il existe une esthétique de la tricherie. Je pris connaissance de l’étendue du savoir-faire (éditeurs de fausses étiquettes pour tube de colle et blanco ; feuille bristol accrochée sous la table par une punaise de telle manière que le tricheur puisse la faire pivoter ; sèche collée sous les chaussures ; etc.) Que d’inventivité de la part du tricheur, que de subtilité, que d’art !

Le tricheur à l’as de carreau, Georges de La Tour (vers 1635)

L’école : un terrain de jeu ?

   Le mot « tricherie » vient du provençal « tricheria » qui était le nom donné à une sorte de jeu de dés. En l’occurrence, la tricherie renvoie au domaine du ludique. Il y a un certain nombre de règles que le tricheur se doit de contourner. Il s’agit de faire croire que l’on se conforme à la norme, et même mieux, que l’on est le champion de la norme, tout en l’éludant. En somme la tricherie est ironique, elle fonctionne à la manière d’une antiphrase : dire le contraire de ce que l’on pense, afficher le contraire de ce que l’on fait vraiment. Si la tricherie est mesquine c’est parce qu’ elle ne sait pas dire « NON » à la norme qu’elle refuse, elle veut jouir sans subir aucune peine ni endurer aucun effort. Mais là encore, c’est passer sous silence l’incroyable beauté et la complexité de certaines tricheries, comme celle qui consiste à écrire les réponses au stylo colle sur une règle et à faire apparaître l’écriture en saupoudrant avec du carbone…

   Parler de “tricherie” en milieu scolaire revient à considérer l’école comme un espace de jeu. On ne pipe plus les dés, on fait des antisèches, c’est la seule différence. Le jeu en question c’est celui de l’éducation, régi par des normes vécues comme trop contraignantes par les élèves. Cette impression de jeu est renforcée par le rapport de « face à face » permanent entre l’élève et le professeur. C’est à celui qui sera le plus malin. 

La tricherie est-elle légitime?

   Dans un système éducatif où la note importe plus que tout le reste, il est en somme tout à fait légitime que l’élève ait recours à la tricherie. Force est de constater que, le plus souvent, ce recours est rentable. Je me rappelle bien ma classe de Terminale : la plupart des élèves trichaient sans vergogne et personne ne se faisait jamais pincer, au grand désespoir des élèves qui, mûs par un reste de « conscience », préféraient apprendre vraiment.

   La « bonne note » a remplacé la « bonne éducation » (celle qui consiste à apprendre et à valoriser le savoir) et cela n’est pas prêt de changer. Les organismes de soutien scolaire à domicile, ces maradonas de l’éducation, ont fait une entrée fracassante dans le jeu. Ils ressemblent à s’y méprendre au tricheur à l’as de carreau de Georges de La Tour (voir l’image) et les parents paient (cher) le droit de regarder les cartes. On voit alors mal quel parangon de vertu pourrait se permettre de fustiger légitimement nos petits émiles.  Jean-Jacques, reviens !


ORGANISMES DE SOUTIEN SCOLAIRE : LA GRANDE ARNAQUE

 

 Le soutien scolaire tel qu’il est pratiqué et organisé par les grands organismes spécialisés est une ARNAQUE. Ces organismes sont trop connus du grand public pour que je me donne la peine de donner leurs noms. Pas d’attaque ad hominem, non monsieur ! D’ailleurs, je ne veux pas que l’on puisse m’accuser de délation, au cas où, sait-on jamais ?, viendrait à flâner sur ce blog un employé glandeur (sous-entendu: ayant suffisamment de temps à perdre pour venir traîner sur cet espace retranché du web) d’un des organismes en question.

 Les couillons, les brutes…et les couillons.

   “Du biffe, du biffe !” En tant qu’entreprises, les organismes de soutien scolaire sont des brutes qui veulent engranger un maximum d’argent et qui pour ce faire engagent à tour de bras des étudiants fauchés (un peu couillons sur les bords, mais ont-ils le choix?), qu’elles sous paient, sur le seul critère qu’ils ont un niveau Bac + 3, comme si cela suffisait à garantir un enseignement de qualité.

   Et pourtant, ces organismes assurent aux parents d’élèves (autre variété de couillons), espèce un peu naïve qui constitue l’essentiel de la clientèle, que leurs chers petits accompliront de fulgurants progrès en un temps record. Si ces progrès ne se réalisent pas– et c’est souvent le cas, hélas ! – ce n’est pas grave, il n’y a de toute façon qu’une personne qui soit susceptible de trinquer : le jeune étudiant fauché qui est renvoyé à sa misère.

   La plupart du temps, les recruteurs ne contrôlent PAS vos connaissances au moment de l’interview. Et comment le pourraient-ils quand ils ne connaissent rien ou presque rien à la matière que vous prétendez enseigner ? Vous êtes embauché en dix minutes chrono, glorieusement promu au rang de « professeur non qualifié de Français, Maths, etc. » Félicitations ! Vous avez gagné le droit de cavaler dans les transports en commun pour une misère. Vos poches étaient vides ? N’ayez crainte, elles le resteront ! Le client paie et l’entreprise qui vous emploie a le sourire jusqu’aux oreilles.

 La note : le fantasme des parents d’élèves

   Amis couillons, ne soyons donc pas si injustes envers les organismes de soutien scolaire ! Après tout, ils ne sont pas seuls responsables, les parents d’élèves ont aussi leur part de responsabilité. Et pour cause ! De nombreux parents d’élèves ont tendance à recourir à ces organismes spécialisés dans le seul et unique but d’améliorer la moyenne de leur enfant sur le prochain bulletin. Peu leur importe que leur enfant progresse véritablement et durablement dans telle ou telle matière, pourvu qu’il ait une « bonne note » !

   À la limite, si le professeur à domicile pouvait faire le devoir à la place de l’élève, ce serait bien arrangeant…Tel me semble être est le fantasme de la plupart de ces parents couillons qui jettent leur argent par les fenêtres de l’enseignement particulier. Mais une fois de plus, la faute n’en revient-elle pas aux organismes spécialisés qui ont transformé l’enseignement en business ? Et ils ont fait de la note leur pain béni, leur bien monnayable. “Du biffe, du biffe” ! Transformer cet impondérable qu’est la note en une valeur marchande, il fallait y penser ! Alea jacta est. Tant mieux pour eux et tant pis pour nous. Chapeau messieurs les arnaqueurs !

                                    Un couillon.


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